Nos actions

Ce que nous offrons

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Nous poursuivons activement une démarche de rencontre de professionnels actifs auprès d’enfants afin de participer à la création d’espaces nouveaux où l’enfance pourrait se penser pleinement et humainement. Nous pensons que les personnes qui sont au quotidien dans l’intervention avec les enfants sont les mieux placées pour inventer de nouvelles manières d’agir. Aussi, afin de partager et d’inventer ensemble de nouvelles modalités d’accueil, d’intervention, de dialogue, d’apprentissage, de soin, d’éducation, de gestion de groupe, etc…, nous proposons de mettre sur pied des rencontres afin de discuter à partir des expériences de chacun. Que vous soyez seul ou plusieurs, que vous soyez psychologue, enseignant, éducateur spécialisé, médecin, orthopédagogue, travailleur social, animateur, orthophoniste, psychiatre, ergothérapeute ou autre, vous pouvez nous contacter à l’adresse courriel suivante : groupegdah@gmail.com. Il s’agit d’une démarche bénévole à laquelle nous vous convions. Par ailleurs, nous sommes aussi disponibles pour réaliser des rencontres informatives pour les gens qui souhaiteraient avoir accès à des arguments et à des données qui questionnent la vision actuelle des troubles de santé mentale chez les enfants. Quelle que soit la formule qui vous intéresse, nous pourrons déterminer ensemble les modalités de rencontre en fonction des intérêts et disponibilités de chacun.

PROCHAINE ACTIVITÉ PRÉVUE à Québec (cliquez pour les détails et déroulez la page jusqu’à l’annonce de l’activité)

 Ce que nous avons fait

Conférence

Le Groupe Dégivré Attentif à l’Humain (GDAH) s’est formé en 2014. Nous avions alors pour objectif principal de comprendre plus en profondeur la déferlante de diagnostics de trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). En novembre 2015, après avoir passé plus d’une année à éplucher les études et la littérature à ce sujet, nous avons présenté nos conclusions critiques dans une conférence prononcée à la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval. Vous pouvez visionner cette conférence en suivant le lien : Conférence Université Laval. Par ailleurs, vous trouverez sur les pages de ce site certaines des thèses exposées lors de notre conférence.

Rencontres avec des professionnels du milieu

Après la conférence de 2015, nous désirions aller plus loin que la simple critique du discours courant sur le TDAH. Nous ne voulions pas nous enfermer dans une posture uniquement dénonciatrice et négative de ce discours : nous désirions activement explorer des stratégies alternatives et positives. Nous avons alors eu l’idée de réunir des acteurs de première ligne du système d’éducation. Des professeurs du primaire ou du secondaire, issus de milieux très différents, ont répondu à notre invitation à partager leurs expériences, questionnements, doutes et réussites au sujet du TDAH. Vous trouverez plus bas, si cela vous intéresse, le récit détaillé de notre première rencontre avec eux, mais voyons d’abord ce qu’il en est globalement ressorti. Au début de la discussion, les enseignants dénonçaient, plutôt impuissants, le fait qu’ils n’entendaient qu’un seul discours, le discours biomédical, et qu’ils avaient peu d’autres choix que le diagnostic et la médication pour aborder les enfants agités et inattentifs. Pourtant, au fil de la rencontre, ils commençaient à découvrir, en se parlant, à quel point l’agitation de chacun de ces enfants a une signification propre et ils identifiaient les actions qu’ils posaient déjà, sans en être toujours conscients, pour accueillir chacun d’entre eux avec ses différences. Dans une seconde rencontre, un an plus tard, certains de ces enseignants nous rapportaient avoir changé leur façon de faire, l’un directement avec ses élèves, l’autre dans sa façon d’aborder les parents d’élèves. Ces premières rencontres, fructueuses, nous ont convaincus que les enseignants, lorsqu’ils ont l’opportunité de s’interroger sur leur pratique, arrivent à mettre en commun et à valider, chacun à partir de sa propre expérience, des solutions créatives et applicables concrètement en classe. Cela semble être un pas significatif pour s’adresser aux enfants en tant que sujets uniques, indépendamment des étiquettes diagnostiques qui ont pu leur être accolées. Aussi, nous avons pensé remettre sur pied ce type de rencontres, en ouvrant cette fois la porte à tous les professionnels qui travaillent auprès d’enfants.

Nous avons ainsi réalisé une rencontre avec trois professionnels oeuvrant auprès d’enfants (une psychologue scolaire, un résidant en psychiatrie et une enseignante). Cette rencontre a donné lieu à deux articles qui se retrouvent dans la section Agora du site internet.

Récit de la première rencontre avec des enseignants

Date : 24 novembre 2016

Participants : six enseignants provenant d’écoles primaires privées ou publiques et d’une école secondaire en francisation.

Objectifs de la rencontre : partager les préoccupations communes quant à la hausse marquée des diagnostics et de la médication d’enfants de plus en plus jeunes; échanger sur les moyens non médicaux déjà utilisés par ces enseignants pour accueillir les enfants agités et inattentifs dans leur classe; donner la parole aux enseignants concernant les défis qu’ils rencontrent dans leur expérience de travail.

Préoccupations communes des enseignants
  • Les professeurs sont aux prises avec la pression de développer le « plein potentiel » des enfants. Une demande est faite aux enfants d’être en tout temps disponibles aux apprentissages. Dans ce contexte, il semble que le ministère de l’Éducation, les parents et la direction d’école attendent des enseignants qu’ils identifient le plus tôt possible les enfants atteints du « trouble »; la maternelle est conçue comme un bon moment pour ce faire.
  • Il arrive qu’on médicamente un enfant pour des raisons discutables : d’une part, on voit la médication comme une façon d’augmenter les performances académiques, d’autre part on craint pour l’estime de soi de l’enfant s’il se retrouve sous la moyenne.
  • À partir de leur expérience, les enseignants pensent que les difficultés d’attention et d’hyperactivité découlent de facteurs extrêmement variés : facteurs internes à l’enfant (grande intelligence, énergie débordante, créativité, agressivité), facteurs attribuables à la famille (manque de ressources ou de compétences, enfant témoin de violence, horaires familiaux chargés, alimentation, routine, exigences parentales élevées), facteurs attribuables à la classe (classe agitée dans ses outils, sa structure; demande faite aux garçons d’être aussi calmes que les filles, profs peu outillés), facteurs attribuables au vécu de l’enfant (changement fréquent de figure d’attachement, surstimulation de l’enfant et, pour les enfants issus de l’immigration, vécu traumatique dans le pays d’origine et adaptation au pays d’accueil).
  • Pourtant, le diagnostic est posé de façon très précoce et la plupart du temps c’est la médication qui est proposée en première solution; on n’essaie pas souvent de creuser ailleurs.
  • Dans les faits, et en particulier pour les garçons, très peu d’enfants correspondent à la norme qui voudrait des enfants sages, attentifs et capables de rester assis à leur place pour la durée du cours. Une enseignante rapportait à cet égard qu’au cours d’une année, sur l’ensemble des garçons de sa classe, seulement 10% d’entre eux savaient se conformer aisément aux standards de calme et d’attention qu’on exige d’eux.
  • Il semble y avoir un processus d’étiquetage des difficultés de l’enfant; plutôt que de le voir comme un humain en devenir, on se centre sur un déficit qu’il faudrait pallier de façon médicale.
Avenues discutées

Les professeurs proposent de mettre en place des aménagements qui ne relèvent pas nécessairement de la pédagogie mais plutôt de la relation humaine : ils soulignent l’importance de la dimension affective, du senti, dans leur relation à leurs élèves.

Facteur central : établir un lien affectif avec l’enfant
  • Avoir de la sympathie pour l’enfant, prendre le temps de développer le lien, la dimension affective, avoir une approche patiente avec les enfants, leur accorder une attention particulière; lorsque l’enfant sent qu’il a été entendu, lorsqu’il se sent considéré, il collabore davantage.
  • Il est aidant de développer un lien fort et une discussion avec les parents de l’enfant.
  • Parler de soi aux enfants, de ce qu’on vit, de ce qu’on aime, ça les aide à être bien avec nous.
  • Être sensible à la réalité de l’enfant (l’accueillir en tant qu’humain qui a une histoire, un vécu), c’est quelque-chose qui se sent et qui soutient le lien.
  • Être attentif au ton utilisé avec l’enfant.
Faire place à la parole
  • Prendre le temps d’écouter ce que les enfants ou les adolescents ont à dire.
  • La culture de l’école favorise parfois d’être ouvert à la réalité de l’enfant; ça aide.
  • Nommer les choses, en discuter en groupe (toute la classe ensemble). Par exemple, si un comportement dérangeant est identifié par les pairs, dans un contexte où il y a un fort lien d’établi, ça permet des ajustements.
  • Inviter les enfants à décider des sujets importants à aborder.
  • Prioriser la place faite à l’enfant, la place pour l’écoute et pour le lien plutôt que la performance scolaire.
  • Répondre aux questions qui préoccupent l’enfant, en discuter avec lui.
Laisser place à la créativité, à la différence
  • Laisser l’enfant être différent, être ce qu’il est tout en plaçant une limite claire pour éviter qu’il soit dérangeant pour la classe.
  • Valoriser la créativité de l’enfant en soulignant de manière positive ce que cet enfant a de différent des autres.
  • Être attentif aux besoins et à la réalité des garçons, s’adapter à leurs besoins, ne pas leur demander d’être comme les filles, accepter qu’ils soient plus turbulents, les laisser bouger. Une enseignante qui travaille dans une école pour garçons nous rapporte que le fait d’avoir une classe composée uniquement de garçons l’a obligée à s’adapter à cette réalité.
Encadrer, référer
  • Dans certains cas, ça aide d’encadrer l’enfant de manière très claire et de gérer ses comportements nuisibles avec des conséquences, tout en maintenant un lien affectif avec l’enfant; autrement dit, une main de fer dans un gant de velours.
  • Travailler en partenariat avec d’autres spécialistes (travailleurs sociaux ou psychologues) qui évaluent la dimension sociale et affective du vécu de l’enfant.
  • La médication peut aider dans certains cas à stabiliser une situation difficile, mais elle n’est pas d’un grand secours si elle est utilisée comme solution unique.
 Être une référence
  • Pour un garçon, c’est intéressant d’avoir un référentiel masculin, surtout s’il n’en a pas dans son réseau.
  • Croire qu’il est possible de faire les choses autrement, en parler aux parents, les confronter à leur responsabilité.
  • Calmer la classe en utilisant moins de stimulations.

En définitive, cette rencontre nous a confirmé que nos préoccupations quant au surdiagnostic de TDAH correspondaient à la réalité des enseignants. Par ailleurs, il nous a semblé que le fait de proposer un espace de réflexion à ces enseignants nous a permis de faire avec eux quelques pas au-delà d’une simple critique, au-delà de notre vécu quotidien d’impuissance face à la médicalisation de la santé mentale. Cette rencontre a permis à ces enseignants de mettre en commun et de valider, chacun à partir de sa propre expérience, des solutions créatives et applicables concrètement en classe.